Guinée

Vie quotidienne à Conakry, en Guinée. Photo Banque mondiale/Dominic Chavez

La situation

La Guinée est l’épicentre de l’épidémie de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Les premiers cas ont été détectés en mars 2014 dans la région de la Guinée forestière dans le sud-est du pays.

La Guinée est l’un des pays les plus pauvres du monde, se situant au 179e rang sur 187 pays, selon l’Indicateur du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Avant l’apparition de l’épidémie, le système de santé du pays était inefficace, la pauvreté était endémique et la malnutrition élevée, et les infrastructures routières rendaient inaccessibles les nombreuses collectivités éloignées de la capitale.

Depuis la mi-décembre 2014, la Guinée a enregistré une forte diminution des nouveaux cas, 45 cas confirmés ayant été enregistrés en moyenne pendant les trois premières semaines de janvier 2015. Depuis lors, le taux d’incidence hebdomadaire a légèrement augmenté, pour s’établir en moyenne à 50 cas confirmés pour les trois premières semaines de février. Dans la semaine terminée le 1er mars, 51 cas confirmé ont été signalés.  En mars, le taux d’incidence hebdomadaire pour la Guinée s’est maintenu dans une fourchette stable de 45 à 95 nouveaux cas.  Fin avril, la préfecture de Forécariah, frontalière avec la préfecture de Kambia en Sierra Leone, concentrait à elle seule la majorité des cas (77%).

Une situation d’urgence nationale en matière de santé a été déclarée le 13 août. En date du 6 mai 2015, 3,589 cas (confirmés, probables et suspects) et 2,386 décès ont été déclarés.

La riposte

Progrès accomplis dans la réalisation des principaux objectifs

Il reste indispensable de rechercher les sujets-contacts afin de repérer les chaînes de transmission et d’isoler rapidement les sujets chez qui des symptômes apparaissent. En Guinée, où chaque malade confirmé a contaminé en moyenne 56 autres personnes, 2 104 sujets-contacts étaient suivis au 28 juin, dont 99 % quotidiennement. Sur les nouveaux cas confirmés signalés en Guinée pour le mois de juin, 70 % étaient des sujets-contacts connus.

Les capacités de traitement dans le pays sont, à l’heure actuelle, largement supérieures aux besoins. En coordination avec le Ministère de la santé et d’autres partenaires, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a donc continué de fermer les centres de traitement de l’Ebola qui n’étaient plus nécessaires, en prenant toutes les précautions voulues. La Guinée conservera des centres de traitement permanents hautement qualifiés, implantés stratégiquement pour couvrir le plus grand territoire possible, ainsi qu’une capacité de réserve destinée aux interventions rapides. Ainsi, 8 centres continueront de fonctionner dans le pays.

Dans le même temps, une aide est apportée aux centres de santé des districts pour qu’ils puissent prendre en charge sans risque le triage, l’aiguillage et la mise en quarantaine des nouveaux patients, selon les besoins. En Guinée, la fermeture des centres a commencé à s’organiser. Trois des six centres sont toujours en activité, et un nouveau centre d’isolement et de transit a été construit à Kamsar, dans la préfecture de Boké.

La Guinée est dotée de suffisamment de laboratoires pour satisfaire les besoins actuels. En juin, le nombre de laboratoires en service coordonnés par l’OMS a augmenté, passant de 9 à 10. 

La question des risques liés aux pratiques d’inhumation continue de poser problème.  Bien que les moyens nécessaires pour enterrer les victimes en toute sécurité soient en place au niveau national, le bureau de pays de l’OMS a reçu au mois de juin 56 témoignages faisant état de pratiques dangereuses.

Bilan des activités opérationnelles menées par le système des Nations Unies par l’intermédiaire de la Mission et de ses partenaires

Les interventions des organismes des Nations Unies ont visé en priorité à parvenir à un taux de transmission zéro, notamment par le renforcement de la surveillance, la recherche des sujets-contacts et la mobilisation de la population. En Guinée, des mesures sont également prises pour aider les pouvoirs publics à rétablir les services de base et à préparer la transition vers les activités de relèvement rapide.

Face à l’augmentation du nombre de nouveaux cas en juin, Médecins sans frontières (MSF) a mis en place un quatrième centre de traitement de l’Ebola à Boké pour aider le Ministère guinéen de la santé. Ses équipes chargées de la communication et de la mobilisation sociale ont continué de mener leurs activités, s’attardant plus particulièrement sur les préfectures de Conakry et de Forécariah.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-rouge est restée le principal partenaire des sociétés nationales de la Croix-Rouge pour ce qui est de faire en sorte que toutes les victimes soient enterrées dignement et avec toutes les précautions voulues. Le 6 juin, la Croix-Rouge guinéenne a installé une station mobile de radiodiffusion à Dubréka et distribué des postes de radio fonctionnant à l’énergie solaire pour permettre à la population d’écouter les messages relatifs à l’Ebola. Le 7 juin, elle a pris en charge la campagne de prélèvement à Dubréka, devenant ainsi la seule organisation responsable de cette tâche dans toutes les régions où le virus est actif.

L’UNICEF apporte son concours à l’action que le Gouvernement mène pour normaliser l’infrastructure scolaire d’eau, assainissement et hygiène. En Guinée, plus de 2 millions de personnes ont bénéficié de trousses eau, assainissement et hygiène destinées aux ménages. Trente-cinq puits artésiens ont été remis en état à Boké et Kinda, et 15 autres puits communautaires ont été creusés à Forécariah, bénéficiant à de plus de 5 000 personnes. En partenariat avec une organisation non gouvernementale (ONG), Search for Common Ground, l’UNICEF promut la bonne hygiène grâce à 57 projections itinérantes d’un film.

En juin, l’OMS a recruté en Guinée 207 agents locaux pour aider à la poursuite des essais de vaccination. L’OMS maintiendra une forte présence après la fin de l’épidémie pour assurer une capacité de surveillance suffisante et aider les pays à mettre en œuvre des plans de relèvement rapide. L’Organisation a continué de coordonner l’assistance technique internationale et de la déployer dans les pays du Réseau mondial d’alerte et d’intervention en cas d’épidémie aux fins d’actions menées au niveau national.

En juin, le Programme alimentaire mondiale (PAM) a étendu son opération d’urgence jusqu’en septembre 2015, maintenant la capacité de prise en charge alors que la transmission se poursuit dans les pays touchés. En Guinée, il a fourni durant deux semaines en juin des denrées alimentaires a plus de 17 000 personnes en quarantaine à Dubréka.

Il fournit également du personnel, du carburant et un appui logistique pour ces campagnes. Pour appuyer l’opération Northern Push en Sierra Leone, il a livré des rations alimentaires aux familles en quarantaine et fourni des véhicules à ses partenaires et aux centres de district pour la lutte contre l’Ebola, pour transporter des produits de base divers. En outre, le PAM a prévu une aide à court terme pour les personnes en situation d’insécurité alimentaire grave dans les zones touchées par l’Ebola durant la saison de soudure entre deux récoltes et élargi l’aide alimentaire et l’appui à la protection sociale en faveur des groupes victimes de l’Ebola. Les modalités de ciblage et les estimations concernant les bénéficiaires de l’aide à cet égard se fonderont sur les résultats préliminaires des évaluations d’urgence de la sécurité alimentaire à l’échelle nationale en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone.

Le PAM a achevé la construction de l’unité de traitement de l’Ebola à Nongo, qui a été remise à MSF et qui a ouvert le 5 juillet. En vue de la saison des pluies, il consolide toutes les installations de logistique et de stockage; l’état des routes pouvant se détériorer durant la saison des pluies, de nouvelles liaisons par hélicoptère ont été créées.

Le groupe logistique du PAM a appuyé diverses campagnes en aidant à installer des camps de base pour les agents humanitaires en Guinée. Le groupe des télécommunications d’urgence a continué de fournir des services Internet aux installations humanitaires, assurant aux intervenants humanitaires un accès fiable à Internet.

Dans le cadre de la collaboration entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Banque mondiale, 48 000 savonnettes et 12 000 flacons de solutions chlorées ont été distribués aux communautés touchées par l’Ebola en Guinée, tandis que des outils agricoles ont été fournis à des agriculteurs guinéens. Pour atténuer les risques liés à l’exposition aux espèces sauvages, dus notamment à la manipulation et au traitement de la viande de brousse, un système d’alerte rapide portant sur l’interface homme-espèces sauvages-écosystème est actuellement mis en place.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a continué d’aider 25 centres préfectoraux d’opérations d’urgence en leur fournissant des fournitures de bureau chaque mois, du carburant pour les groupes électrogènes et des ordinateurs à connexion Internet. Il a remis en état les bâtiments du Centre de lutte contre l’Ebola de Boké.

En outre, pour assurer une migration sûre et une meilleure gestion de la santé, l’OIM mène actuellement des activités de gestion humanitaire et sanitaire des frontières entre le Mali et la Guinée et aux points de passage de Coyah-Forécariah-Pamalap-Kambia, à la frontière avec la Sierra Leone. Il fournit aux postes de contrôle aux frontières des tentes, des trousses d’hygiène et du matériel divers aux fins de leur bon fonctionnement.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) s’est associé à la MINUAUCE pour appuyer la recherche des sujets-contacts en Guinée au moyen d’une application de collecte des données par téléphone mobile. Préparant les phases de relèvement et de résilience, le FNUAP collabore avec l’Université de Columbia et le Ministère de la santé pour suivre les indicateurs de santé maternelle au niveau local au moyen de cette application.

En juin, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires a continué de suivre de près les besoins humanitaires en Guinée, fournissant un appui opérationnel et technique à la préparation et à la planification des interventions en cas d’urgence et aidant les ONG à préparer la Conférence internationale sur le relèvement après l’Ebola, qui s'est tenue le 10 juillet.

En Guinée, la MINUAUCE a financé 13 projets communautaires à l’aide du Fonds d’affectation spéciale, pour un montant total de 934 759 dollars. Ces projets ont consisté à appuyer des activités de mobilisation sociale et de communication, à aider les populations touchées par l’Ebola sous la forme d’appui nutritionnel, d’assainissement et de trousses de condoléances, et à fournir des incitations en espèces aux agents de la lutte contre l’Ebola. En vue de sa clôture, la Mission transmet la gestion du mécanisme de projets communautaires du Fonds au PNUD en Guinée, avec un reliquat de 1 million de dollars pour de nouveaux projets.

Dans le cadre de son processus de retrait, la MINUAUCE a fourni un appui logistique aux partenaires nationaux de coordination et de lutte contre l’Ebola en Guinée en faisant don de 79 véhicules qui leur avaient été prêtés.  La Mission a facilité le transport d’un incinérateur à haut rendement à l’hôpital régional de Kakan. Elle a en outre pris les dispositions voulues pour remettre à l’OMS 1 000 distributeurs de désinfectant, 3 330 litres de désinfectant, un hémocytomètre et un incubateur.

Plans de relèvement après l’Ebola

Le PNUD a collaboré étroitement avec le Gouvernement guinéen et avec le secrétariat de l’Union du fleuve Mano, pour les aider à chiffrer et finaliser leurs plans de relèvement avant la tenue de la Conférence internationale sur le relèvement après l’Ebola. Avec le soutien de l'Envoyé spécial, David Nabarro, le PNUD s’est employé à recenser les lacunes en matière de ressources, à obtenir des donateurs de nouvelles promesses de contribution au titre desdits plans et à appuyer les préparatifs de la Conférence.

Prise en charge des patients autres que ceux touchés par l’Ebola

L’OMS fait œuvre d’information à l’échelle nationale et s’emploie à renforcer les capacités de prévention et de contrôle de l’infection, en encourageant l’adoption de pratiques garantissant la sécurité des patients. En Guinée, elle dispense une formation à 400 pharmaciens pour s’assurer que du matériel de protection personnelle est bien disponible en première ligne et que les précautions élémentaires contre l’Ebola sont bien prises. Elle collabore également avec le Gouvernement guinéen pour mettre au point des programmes de formation des membres du personnel de santé à la prévention et au contrôle de l’infection et aux mesures garantissant la sécurité des patients avant leur entrée en fonctions.

L’Organisation contribue au renforcement des capacités d’action nationales en ce qui concerne les activités de planification, la mise en œuvre des initiatives, la collecte de données et la surveillance des mesures prises pour l’offre d’un soutien psychosocial et la santé mentale.

Avec l’aide financière de la MINUAUCE et du Gouvernement japonais, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) continue d’édifier un système de santé robuste dans le cadre de l’initiative en faveur des sages-femmes du fleuve Mano. En collaboration avec le Ministère de la santé, et dans le but d’accroître l’offre de services de santé sexuelle et procréative dans les communautés, 50 sages-femmes ont été recrutées et déployées dans 25 établissements de santé frontaliers.

Éducation

En Guinée, l’UNICEF et ses partenaires d’exécution s’assurent du bon suivi des protocoles de sécurité contre le virus Ebola dans les écoles des régions de Faranah, Kankan, Kindia et Mamou. De manière générale, les visites d’écoles ont montré qu’enseignants et élèves les respectaient. Vingt et une stations de radio ont continué à diffuser des programmes éducatifs, y compris des messages de prévention de base. À Forécariah, la station de radio rurale a continué de diffuser des programmes informatifs le matin, et des programmes éducatifs le soir.

Prochaines étapes

La gestion des derniers cas demeure problématique. À ce stade, la direction, les compétences et la coordination techniques de l’OMS sont essentielles pour éradiquer complètement la maladie. Les populations sont et resteront les principaux moteurs des mesures de lutte tandis que les efforts d’identification et d’éradication des déclencheurs de la transmission dans les localités touchées se poursuivent. Afin de renforcer l’action sur le terrain et de s’attaquer aux derniers foyers d’infection, une campagne de surveillance renforcée en Guinée a été lancée.

Source: Dernier rapport d'activités de l'action mondiale mondiale contre l'Ebola (A/69/992) | TOUS les rapports d'activités